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CGT Inergy (Groupe Plastic Omnium)CHSCT..19 NOVEMBRE 2012..Cancer de la thyroïde ...

Publié le par chsct cgt inergy

 

Cancer de la thyroïde

à Fukushima :

 des chiffres manipulés

En juin 2011, l’université médicale de Fukushima a lancé une enquête de santé publique destinée à surveiller les conséquences des radiations sur la santé. Un an et demi après la catastrophe qui a touché la centrale nucléaire, un cas de cancer de la thyroïde est officiellement déclaré, le 11 septembre 2012.

 

 

Le CRMS, réseau autonome de stations de mesure de la radioactivité, était présent au compte rendu des résultats de l’enquête portant sur le contrôle de la thyroïde des enfants de moins de 18 ans.

 

C’est le professeur Shunichi Yamashita qui conseillait, rappelons-le, l’an dernier, de sourire pour mieux faire face aux radiations, qui a présenté, dans un simulacre de compte rendu scientifique démocratique, les résultats de l’enquête.

« Pas d’importante exposition interne ou externe »

 

Présentation des résultats de l’enquête de santé publique le 11 septembre 2012 à Fukushima. (Ribault)

 

Le contrôle a été réalisé dans un premier temps auprès de 38 114 enfants du département, résidant dans les treize villes et villages des zones fortement contaminées et des zones d’accès restreint au moment de l’accident nucléaire de la centrale de Fukushima Daiichi, puis élargi à 42 060 enfants supplémentaires.

 

L’enquête de santé publique étant une enquête statistique, le professeur Shinichi Suzuki, qui pilote la division en charge des contrôles de la thyroïde à l’université de médecine, ne révèle ni l’âge, ni le sexe de l’enfant concerné.

 

Mais il exprime d’emblée son avis :

 

« [Il n’y a eu, à Fukushima] ni d’importante exposition externe comme à Hiroshima et Nagasaki, ni d’importante exposition interne comme à Tchernobyl. »

Des cancers trop détectables

 

Il n’y a, bien entendu, aucune relation de cause à effet à établir selon lui entre ce premier cas déclaré de cancer de la thyroïde et l’accident nucléaire de Fukushima.

 

Voici les trois raisons qu’il avance :

  • premièrement, en « période normale », on ne pratique pas de telles échographies sur les enfants. Il n’y a donc pas d’enquête de « référence » disponible. Affirmation pourtant contredite par des travaux menés par le professeur Yamashita lui-même, en 2000 à Nagasaki ;
  • deuxièmement, une augmentation des cancers de la thyroïde à Tchernobyl a été observée seulement quatre ans après l’accident. Il suffit pourtant de lire le témoignage du docteur Yablokov pour comprendre de quoi il retournait à l’époque : jusqu’en 1990, le ministère de la Santé de l’Union soviétique demandait aux docteurs de ne pas mener d’enquête sur les effets sanitaires des radiations. De nombreuses données ont, en outre, été brûlées ;
  • enfin, selon M. Suzuki, l’outil technique dont disposent désormais les scientifiques est tellement développé que même les cancers de petite taille peuvent être détectés, argument qui avait été mobilisé pour expliquer l’augmentation importante du nombre de cas de cancers de la thyroïde à partir de 1990 à Tchernobyl.

« 1 cas sur 80 000 » ?

 

Les deux professeurs de l’université de Fukushima s’acharnent à freiner les consultations auprès d’autres structures.

Le docteur Hoshi, président de l’association des médecins de Fukushima, qui participe à l’enquête, confirme cette crainte qu’ont les experts de perdre la main sur leur échantillon :

« Le rythme auquel la seconde série d’examens est menée est trop lent […], les patients risquent de nous glisser entre les mains. »

 

Les objectifs initiaux que s’étaient fixés les scientifiques, avant même d’avoir le moindre résultat, étaient clairs : « Calmer les inquiétudes de la population » et faire bien entrer dans les crânes récalcitrants et inquiets que « l’impact de l’accident nucléaire de Fukushima sur la santé publique peut être présumé très mineur ».

 

L’effet d’un tel brouillage entre réalité et spéculation ne s’est pas fait attendre : quelques heures après la conférence, l’agence de presse Kyodo News annonçait : « Un cas de cancer de la thyroïde a été identifié parmi une population examinée de 80 000 enfants ». Grave erreur !

 

Selon les résultats publiés le 26 avril 2012 :

  • 35% de la première population de 38 114 enfants ayant subi une échographie étaient porteurs de nodules thyroïdiens d’une taille inférieure à 5 mm et de kystes de moins de 20 mm, symptômes qui avaient alors été qualifiés de « normaux » par les responsables de l’enquête ;
  • 186 enfants, soit 0,5%, avaient des nodules de plus de 5 mm et des kystes de plus de 20 mm. Ils ont donc été orientés vers un second examen (échographie détaillée, examens sanguin et urinaire, et biopsie à l’aiguille fine) ;
  • or, à ce jour, seuls 60 enfants devant subir ce deuxième examen se sont à nouveau présentés, et 38 d’entre eux l’ont effectivement subi : 10 ont été replacés dans le cycle « normal » de contrôle qui prévoit un examen tous les deux ans, et les 28 autres ont été orientés vers une biopsie par aspiration ;
  • la moitié de ces enfants ont finalement été reconsidérés comme ne nécessitant pas un tel examen et, à ce jour, les 14 autres l’ont effectivement subi. C’est donc parmi ces 14 enfants qu’un cas de cancer de la thyroïde est officiellement diagnostiqué aujourd’hui.

En réalité, un cas parmi quatorze enfants

Parmi les 42 060 enfants constituant la seconde population sujette au contrôle de la thyroïde, 239, soit 0,6%, ont des nodules de plus de 5 mm et des kystes de plus de 20 mm. Ils devront eux aussi faire l’objet d’un second examen. Rien ne peut donc être avancé à leur sujet aujourd’hui.

 

Si on rassemble les 239 enfants de cette seconde population en attente d’un second examen, les 148 enfants (correspondant à 186 - 38) de la première population devant être réexaminés mais ne l’ayant pas encore été (car non présentés ou en attente), on aboutit à un total de 387 enfants au sujet desquels on ne peut pas se prononcer.

 

Le cas pour l’instant unique de cancer de la thyroïde ne peut donc être ramené ni aux 38 114 enfants constituant la première population de l’enquête, ni aux 42 060 enfants constituant la seconde, ni encore aux 80 174 enfants constituant la population totale auprès de laquelle l’enquête est menée.

A ce jour, on ne peut rapporter ce cas de cancer qu’à la population ayant effectivement subi une seconde série d’examens, soit quatorze enfants.

 

Un nombre record de cobayes

 

Toute autre mise en proportion serait pure spéculation. Une fois que les 387 enfants devant faire l’objet d’un second examen auront été examinés, comme il est prévu de le faire, on pourra ramener le nombre total de cas de cancer diagnostiqués à l’ensemble des enfants ayant participé à l’enquête jusqu’à présent.

 

Sachant, bien sûr, que la signification de ce ratio n’aura comme durée de validité que celle que les résultats des examens ultérieurs auprès des mêmes enfants, puis des 280 000 autres que l’université de médecine de Fukushima a prévu d’examiner voudront bien lui donner.

Une telle mise au point est importante car il ne faut pas perdre de l’esprit que jamais, même à Tchernobyl, puisque la population du département de Fukushima a été incitée à rester sur place, la science ne disposa d’un tel bataillon de cobayes.

 

 L’objectif premier d’un homme comme Yamashita – il l’a dit lui-même en évoquant l’enquête de Fukushima en août 2011 – est d’établir un « record scientifique ».

Il faut savoir en outre que l’université médicale de Fukushima prévoit d’engager l’an prochain un projet de collecte d’ADN auprès de la population « volontaire » du département, visant à « identifier les anormalités génétiques générées par les radiations ».

 

 Un autre « record scientifique » en perspective.

 

 

 

 

 

 

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